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  • Insoutenable cruauté

    Le motocross est un sport rude, dur, ingrat… Espoirs déçus, rêves brisés, égos piétinés, héros défaits, rien ne manque pour en faire tous les dimanches une sublime et palpitante tragédie des temps modernes. Et quel meilleur théâtre pour un lever de rideau que Valkenswaard, son sombre sable gorgé d’eau et son océan d’ornières?

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    Il suffisait de jeter un œil à la piste avant même le départ de la première manche pour savoir que la journée allait être longue et difficile… Pourri défoncé, bien sur, mais aussi et surtout lourd, épais, collant… Dans ce genre de conditions, seuls les plus forts survivent, et les premiers rangs décimés sont toujours ceux de la horde de Champions du Monde potentiels d’avant saison… Vous les connaissez tous : ils ont fait preuve de ci de là d’une belle pointe de vitesse l’année précédente, claqué quelques temps ou au contraire été victimes d’une poisse noire qui, bien sur, ne peut pas durer… Au détour d’une interview, ils nous assurent que « le team est au top », qu’ils sont «super satisfaits du testing » ou que leur nouveau coach licencié par un team cycliste moldave leur a fait acquérir « un physique béton ». Soutenus par une horde de fans ne demandant qu’à avaler des couleuvres et remettant les sceptiques à leur place à grands renforts de « Kan tu roulra kom lui tu poura cosé », ils nous expliquent, mi méthode Coué, mi langue de bois que leur envierait un dirigeant du Parti Communiste Chinois, que cette année, c’est la leur, et que nous allons voir ce que nous allons voir… Et dans bien des cas, pour voir, on a vu… Parce que le « léger » problème, évidemment, c’est que ces valeureux candidats à la gloire sont une bonne quinzaine… Bon, allez, on ne va pas tirer sur les ambulances, mais ils sont faciles à reconnaître : ce sont ceux qui après avoir ramené entre zéro et cinq points en deux manches, se déclarent « plutôt satisfaits », estiment qu’ils vont « monter en puissance » ou encore que « Valkenswaard est bien trop atypique pour qu’on puisse en tirer des conclusions ». C’est peu dire que tout le monde n’a pas le franc-parler d’un Aubin lâchant « Je suis tombé comme un con ». Au moins certains ont-ils la sagesse de partir ruminer dans leur mobile home et de s’abstenir de toute déclaration… Pas besoin pourtant d’être soi-même un grand pilote ou un team-manager d’expérience pour rappeler un fait quasi-incontournable : celui qui est Champion en fin de saison, c’est celui qui, dans un très mauvais jour, finit 5.

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    Mais le GP des Pays-Bas n’est pas cruel qu’avec les hommes, il est aussi impitoyable pour les mécaniques… Comment s’en étonner en voyant arriver, en première manche MX2, une grappe de pinpins aux trajectoires incertaines, totalement à l’arrêt dans une succession de vagues badigeonnées à la SuperGlu ? Quand ils se rapprochent, on découvre qu’il s’agit d’Aubin, alors 3, et de ses poursuivants immédiats, passablement scotchés malgré leurs moteurs abondamment préparés… S’en est suivie une longue liste d’abandons mécaniques, les plus cruels étant sans doute ceux de Frossard privé de résultats solides, à son image, et de Leuret, qui n’a rien pu prouver de sa forme si ce n’est en poussant la moto quarante-huit fois dans le week-end… Remarque, maintenant, le team a malheureusement du temps devant lui pour mettre le moteur au point… Valkenswaard n’est pas non plus le terrain où peuvent s’épanouir chaleureusement les amitiés naissantes. Prenons, au hasard, le vieux lion et le jeune qui monte chez Rinaldi Yamaha. Ah, qu’elle était belle, cette fin de non-recevoir sous forme d’un discret coup de coude de Philippaerts sur Coppins en fin de première manche… Le panneau « No mistakes » brandi par le team en deuxième manche alors que les nouveaux amis se tiraient de nouveau la bourre résumait mieux qu’un long discours la petite mise au point d’entre deux manches. On sent également poindre une ambiance de saine et franche camaraderie des plus épanouissantes chez GPKR. Strijbos semble autant apprécier la compagnie de son team, qu’il fuit dès que l’occasion s’en présente, qu’afficher une pleine confiance dans les options techniques retenues… Tester deux autres marques de suspensions dans la semaine précédant l’ouverture du Mondial, sûr que ça doit faire plaisir aux sponsors comme au team manager…

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    Enfin la silice hollandaise est aussi bien éprouvante pour les nerfs du fan lambda assis comme moi devant son téléviseur… Oh, je sais, nous avons la meilleure place, confortablement installés sur nos moelleux canapés, une canette à la main, à nous gausser du rythme affligeant de certains pilotes que nous serions bien en peine de suivre sur trois virages, nous avons la télé en live, le web, la presse écrite… Mais quand même, qu’avons-nous fait pour qu’on nous oblige à subir une retransmission pareille ? Je ne reviendrai pas sur l’aspect pratique bien pensé, déjà mille fois débattu, d’avoir désormais les deux catégories sur deux chaînes différentes, qui obligent par ailleurs à s’acquitter d’un abonnement supplémentaire par rapport à l’an dernier. Mais, après les diffusions magistrales d’Eurosport 2, comment ne pas sentir que l’on regarde un sport de seconde zone qui ne mérite ni respect ni efforts ? Départ de la première manche de la saison MX1… 13h04, le golf. 13h05, le foot portugais. 13h06, le foot espagnol. 13h07, la Ligue 1. 13h08, le championnat de voitures de tourisme. 13.09, quelques bandes-annonces. 13h10, le baisser de grille à la seconde près qui oblige le speaker à un grand numéro d’élocution accélérée… « Etbienouiiciendirectdevalkenswaardpourledépartdelapremière-mancheduchampionnatdumondecestdumotocrossbiensur ! » Il reprend heureusement vite ses esprits pour nous signaler l’excellent départ de l’Allemand McKenzie et la belle combinaison bleue et jaune de DeDijker… Formé par Olivier Jacquemin sur Sport Plus ? Mon moment préféré restera quand même, après l’accrochage entre les coéquipiers de chez Yam, l’excellente formule « Josh Coppins a été obligé d’aller au sol »… Curieusement, un autre commentateur a fait son apparition pour la deuxième manche, après que l’on ait profité d’une bonne demi-heure de volley féminin, éblouis par la grâce de joueuses semblant droit sorties d’une équipe ouzbèque de lancer du marteau…

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    On sera un peu plus indulgent avec Motors TV où l’on trouve Max Martin et Mickaël Pichon, aux commentaires techniques toujours aussi pointus, puisqu’il peut tenir trois minutes chrono sur la position du guidon et des leviers de Van Horebeek… J’avoue humblement que son œil est autrement plus acéré que le mien sur ce genre de choses ! La retransmission du MX2 avait pourtant mal commencé avec une interview palpitante de Guiseppe et Wolfgang tous crocs dehors, mais nous avons pu rapidement nous détendre grâce à une apparition remarquée d’Antonio Cairoli. Remarquée car, son appendice nasal lui semblant certainement quelque peu sous-développé, il arbore un magnifique « écarteur de narines » qui le rend plus aérodynamique que jamais, tout en lui conférant un look racing du meilleur aloi… Tony est désormais stylé comme une Panda tuning avec aileron Nascar et pot double sortie en boîtes de cassoulet. Ah, la classe italienne, ça ne s’invente pas… On passera enfin rapidement sur l’omniprésence de la pub sur les deux chaînes… Aussi pénible qu’elle soit, quelques spots de marques de MX nous auront donné nos seules occasions de voir les Musquin Bros ou les pilotes Bud à l’écran… Mais soyons honnêtes, tout n’est pas aussi sombre dans l’univers impitoyable du MX que je me plais à essayer de vous le faire croire, et le spectacle est magnifique… Il y a de la bagarre, de l’attaque, de la rage, du suspense, de l’intensité… Il y a des pilotes qui sont là quand on les attend : un Ken DeDijker à l’abattage phénoménal, un Ramon au style toujours aussi impeccable, un Coppins qui résiste vaillamment à la douleur, un Philippaerts ou un Nagl en pleine ascension, un Rattray solide comme un roc sur ce type de terrain, un Cairoli qui se bat jusqu’au dernier mètre… Il y a ceux qui ne font pas de bruit et sont bien mieux qu’on ne l’imaginait : un McKenzie très incisif, un Boog des plus convaincants, un Simpson ou un Roelants auteurs de vrais coups d’éclats –ce dernier étant quand même assez sauvagement au-dessus de ses pompes ! Et la liste n’est pas exhaustive… Pour ceux qui n’en font pas partie, la pièce se joue en quatorze autres actes, certains seront sans doute moins cruels… C’est tout le mal qu’on souhaite aux acteurs. Photos Laurent Reviron