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  • Indoor de Lyon : Non stop action !

    Et si la gagnante de la soirée, c’était elle ? C’est sûr, elle a fait le boulot pour lequel elle était venue, ayant la peau de calibres comme Planet, Aubert ou Ahola pour ne citer que ceux-là.
    Elle n’est pourtant pas si impressionnante que ça, cette marche… Quatre gros troncs assemblés à la verticale, l’ensemble doit certes faire dans les deux mètres de haut, mais un gros tas de terre tassé à sa base crée un joli appel qui atténue la verticalité de la chose. On se dit presque qu’on pourrait y arriver. Et pourtant…
    Pour paraphraser un classique de Francis Magnanou en SX, à l’enduro indoor de Lyon aussi, la première vedette de la soirée, c’est la piste !

    medium__AUR1956.JPGParce que la marche en question est venue avec plein de petits camarades eux aussi bien sympa, comme ce pierrier qui se termine en côte à l’adhérence des plus précaires, ou ce petit double dont l’appel est constitué…d’un tronc d’arbre couché ! Dès les essais, un constat s’impose d’ailleurs, qui confortera certainement nos amis écologistes dans leurs convictions profondes: un arbre, fut-il couché, c’est pas fait pour rouler dessus. Ceci étant, il sait fort bien se défendre en envoyant quantité d’impudents de tous niveaux à terre.
    La piste, plus grande et plus rapide, semble néanmoins poser moins de problèmes aux pilotes que celle de l’an dernier. En tous cas, comme souvent –toujours ?- avec JLFO, l’ensemble est magnifique et bien pensé. Deux seuls bémols : la sono, à peu près aussi inaudible qu’en 2007 depuis les gradins – de l’aveu même de Thierry Fouchet, la conception du hall le rend très difficile à sonoriser- et le « pont » du pierrier qui aurait peut-être besoin d’une jolie petite rambarde : après avoir vu Johnny Aubert se mettre à l’équerre puis sauter avec sa moto directement sur la piste en contrebas, j’étais assez heureux qu’aucun pilote n’arrive en sens inverse à ce moment…
    Mais globalement, rien à dire, c’est du beau travail et tôt dans l’après-midi, on voit déjà de fort jolis passages.
    Le spectacle est même si sympa que j’avoue avoir encore du mal à comprendre la levée de boucliers de certains journalistes et internautes à l’issue de la première de l’an dernier. Ce n’était d’ailleurs pas l’organisation qui était critiquée, mais l’hérésie absolue que constituerait l’organisation d’un enduro entre quatre murs. Bon, je peux aisément comprendre qu’un puriste de la discipline tente de nous convaincre que l’indoor est à l’enduro ce qu’un Caprice des Dieux est à un Saint-Nectaire, pour une raison simple : ce n’est pas plus de l’enduro que le Touquet, c’est clairement une nouvelle discipline, à laquelle, pilote ou spectateur, on adhère…ou pas.
    J’ai quand même du mal à admettre qu’un amateur de moto tout-terrain ne puisse pas trouver du plaisir dans une épreuve aussi animée, sans aucun temps mort. Parce qu’honnêtement, il y en a absolument pour tous les goûts.

    Déjà, il y a de l’ambiance dans la salle. Une foule qui rassemble afficionados et grand public néophyte dans un mélange qui tient à la fois du SX et de ce côté bon enfant et décontracté propre à l’enduro, à l’image de ce fan enthousiaste déguisé en vache des cornes aux sabots… Il y a des discussions de potes un peu perdus sans sono (« Qui c’est lui ? » « Sur la Honda, c’est Albepart. » « Ben non, il est passé chez Kawa… »), des discussions père -fille (« Non ma chérie, Mika Ahola, c’est pas le Mika qui chante. », la petite est déçue), et également d’agréables discussions d’ivrognes (« Asssis le gros c… devant, j’vais te défoncer ta gu…, moi ! »).

    medium_nambotin.jpgIl y a aussi, il ne faut pas se le cacher, un mix de freestyle et de franche rigolade que les détracteurs de la discipline appèlent du cirque. Nac Nac, Tsunami –sans jamais quitter le sol- et no hand landings en pagaille parsèment les courses, sans guère de bobo ailleurs qu’à l’égo, heureusement. Et c’est vrai que le public se régale, sans méchanceté, des déboires des pilotes qui tirent, poussent, pédalent, descendent en marche arrière… Bon, c’est certain que lorsqu’on en arrive au dernier repêchage des Nationaux, on est quelque part entre Intervilles Mont de Marsan /Vic-Fezensac et les troupes napoléoniennes pendant la retraite de Russie, mais tous ceux qui ont déjà fait un peu de moto compatissent plus qu’autre chose aux malheurs des victimes … Voir des gars quatre fois meilleurs que vous ramer comme des perdus donne une bonne idée des difficultés et adoucit les souvenirs douloureux de toutes les fois où l’on a soi-même pris sa mob sur la tête.
    C’est sûr, c’est parfois cruel… Marc Germain par exemple, a dit plus d’une fois qu’il n’aimait pas l’indoor, je peux confirmer ici que l’indoor ne l’aime pas non plus…

    Mais surtout, il y du pilotage, du beau, du vrai, du technique, et d’autant plus valorisé et acclamé par la foule que comme on vient de le voir, les faire-valoir –et parfois prestigieux-, ne manquent pas ! La volonté de certains Nationaux comme Gagnoud sur sa HM ou Tissot et sa KTM, la hargne parfois désordonnée d’un Bourgeois ou d’un Joly, l’application et la montée en puissance d’un Nambotin, le style d’un Aubert ou d’un Ahola sont un régal. Et laissent d’autant moins indifférents qu’admirer aussi longtemps des top pilotes d’enduro en action est par essence une occasion bien rare.
    Dans ce fort beau plateau, j’ai envie de décerner trois mentions spéciales à trois garçons qui, chacun à leur façon, sont vraiment sortis de l’ordinaire.
    La première pour Bruno Camozzi. Le vétéran du trial français est sans aucun doute le promeneur le plus technique du monde…et très certainement le pilote le plus agaçant qui soit pour ses adversaires ! Bruno se traîne lamentablement, ou du moins est-ce l’impression qu’il donne, mais chez les Nationaux, il est perpétuellement en tête. Parce que s’il ne dépasse guère le 15 à l’heure, on peut jeter n’importe quel obstacle sous ses roues, il reste exactement à la même vitesse, sans ralentir ou dévier de sa trace quoi qu’il arrive ! C’est peu dire qu’il aura fallu des trésors d’attaque à Gagnoud et Tissot pour venir à bout, en finale, de l’homme qui ne s’assoit jamais et ne met jamais un coup de gaz ! Surréaliste…
    Deuxième marche de mon podium pour Fabien Planet. Malheureusement happé dès le départ de la finale par notre maintenant célèbre marche –il faut dire que c’était le premier obstacle après le départ cross et qu’à quatre de front, ça pouvait devenir réellement complexe-, Fabien avait jusque là ébloui le public. Des passages spectaculaires alliant coups de gaz sauvages et finesse avec…un 530 EXC au guidon duquel il est clairement très à l’aise, une attaque de chaque instant, c’était du lourd ! A noter pour la petite histoire que la salle n’était manifestement pas insensible à la grande musique distillée par la ligne Akra titane, heu, comment dire… « Dûment homologuée », voilà, c’est le terme que je cherchais. Pas sûr qu’elle plaise autant au collège technique de la FFM !
    Number One de la soirée dans mon Panthéon personnel, Fred Bolley. Ou plus précisément encore, la première manche de Fred Bolley. Si on n’a pas forcément été convaincu par Fred enduriste la saison dernière, là, c’était grand. Crossman dans les appuis, trialiste sur les franchissements, enduriste dans les dévers et d’une propreté clinique, Fred a délivré là un récital de pilotage. Ca s’est malheureusement gâté par la suite avec une deuxième sortie très brouillonne avant de rentrer une finale « full attack » suite à une chute et de nous servir une super remontée à la poursuite de Nambotin, gros baston avec Seb Guillaume à l’appui.
    Pour un pré-retraité, franchement… Pas mal.

    medium__AUR1998.JPGVous l’aurez déjà compris, le dernier point qui fait à mon sens qu’on ne peut pas rester insensible à l’enduro indoor, c’est qu’il y règne un baston et un suspense permanents et hautement réjouissants. Si jamais le célèbre adage « La course n’est jamais finie tant que le drapeau à damiers n’est pas abaissé » à pris tout son sens, c’est bien ici. Fred Bolley, justement, me le confirmait en fin de soirée : la discipline demande, en plus de la technique, un physique et une concentration de chaque instant qui font que tout peut arriver, jusqu’aux derniers mètres. Et c’est vrai que la tension et les rebondissements sont permanents, tant gérer à la fois une piste impitoyable et des adversaires prêts à tout pour vous bouffer est un exercice difficile.
    De quoi assurer des courses 100% excitantes !

    Les pilotes se surpassent et progressent dans leur art, de nouveaux talents émergent, le public est aux premières loges et se régale…
    L’enduro indoor, moi, j’en veux encore !